C'est un témoignage émouvant que Doriane, élève de CM2, nous a fait partager au pied  du monument aux morts en ce jour du 11 novembre 2007. Avec un ciel si gris et si bas que les mots prononcés  prenaient toute leur valeur et attiraient quelques larmes au coin des yeux. C’est avec une émotion partagée  que les plus anciens et les plus jeunes ont  l’espace d’un moment voyagé dans l’Histoire. Mais laissons la parole à Doriane…

 


UNE PETITE FLAMME TOUJOURS ALLUMEE
 

 
Année 1942. 

Je m’appelle Franck GARDES ; j’ai 22 ans. J’ai ma petite fille de 2 ans, Colette, et ma femme Alice. Je suis trésorier de la Maison Delmas. Nous sommes une famille heureuse dans cette belle ville de La Rochelle. Mais l’occupant est là, et nous avons décidé avec mes 2 beaux-frères Louis Graveau et Pierre Audevie dit Louis, d’intégrer un réseau de résistance : le réseau Alliance dont fait aussi partie notre maire, Léonce Vieljeux.

 J’ai alors demandé à changer de travail ; je suis maintenant grutier sur la base sous-marine de La Pallice, ce qui me permet d’informer nos alliés sur le mouvement des sous-marins et de les couler.En ce matin du 7 janvier 1944, les allemands vont m’arrêter sur une dénonciation, ainsi que de 10 de mes camarades. J’ai peur pour ma famille et pour mes compagnons d’infortune. Interné à Lafond, je suis ensuite envoyé à Poitiers, puis le 10 mars 1944 au camp de Schirmeck en Alsace.

J’ai froid, j’ai faim, je suis terrorisé par ce que j’entends et ce que je vois, je souffre sous les tortures quotidiennes. Je prie, je pense à Alice, Colette et notre enfant à naître : les reverrais-je ?   Je veux être fort face à toute cette injustice.Je suis un prisonnier classé « Nuit et Brouillard », formule triste qui traduit la volonté des allemands de condamner les opposants au régime nazi, de supprimer toute trace de notre existence, de nos souffrances, de nos pensées, de notre mort ; comme des silhouettes englouties dans la nuit et le brouillard.

 2 septembre 1944,

Je ne peux aujourd’hui vous raconter mon histoire personnelle, car j’ai été exécuté avec mes amis de combat le 2 septembre 1944, au camp du Struthof, seul camp d’extermination situé en France, en Alsace.C’est mon arrière petite fille Doriane qui vous parle de l’histoire de notre famille ; de la flamme de nos combats, de nos souffrances pour sauver d’autres personnes, sauver une appartenance à une patrie, à des idées qui a été transmise de génération en génération. C’est aussi votre histoire à tous.
 
Cette chaîne du souvenir est le plus bel hommage que l’on puisse nous faire, car nos bourreaux n’auront pas réussi à faire de nous ces silhouettes dans la nuit et le brouillard.Il faut que cette flamme de vie reste toujours allumée pour que mon destin ne soit jamais le votre ni celui de vos descendants.
 
 
Nous les enfants, nous voulons que tous ces morts, cette souffrance, soit à jamais un avertissement et un cri d’espoir pour nous tous.Espoir de voir un monde sans guerre, sans haine, et sans violence. Un monde d’amour, de partage, de tolérance.Un monde qui transmette cette flamme d’espoir, pour ne pas oublier, que demain, doit être un monde meilleur.
 
 
 
                                                                     Texte de  Frédérique, Doriane et Tiphaine LETELLIER
                                                                                  Avec l'autorisation de Mme Letellier
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